mardi 29 septembre 2009

France: Menace de privatisation de La Poste, votation pour un service de public si cher aux Français.



La France deviendrait-elle un canton suisse le temps d'une semaine ? On peut se le demander, quand on voit que plusieurs associations, syndicats et partis politiques (Debout La République (DLR), PS, PCF, LO, NPA) soutenir l'organisation d'une "votation" citoyenne ,du 28 septembre au 3 octobre pour décider de l'avenir de La Poste comme service public. Les propos de Christine Lagarde, ministre de l'économie, dans le Nouvel Observateur, affirmant qu'"il n'était pas question de privatiser la Poste", n'ont pas rassuré les employés du service postal. En effet, ils se souviennent en 2004 des propos de Nicolas Sarkozy (occupant alors la même fonction de Mme Lagarde aujourd'hui) affirmant qu'"il n'y aura pas de privatisation de Gaz De France". Résultat: Suez a avalé GDF, devenu une entreprise privée.


La Poste est aujourd'hui dans le collimateur de la privatisation. La grêve de la semaine dernière notamment dans la région parisienne ne semble pas avoir eu d'effet, comme en témoigne "la résignation des salariés non-grévistes" (
Le Monde du 21 septembre) et le faible suivi de la grève sur seulement quelques jours et avec une proportion très faible du nombre de grévistes (environ 17% selon Le Figaro.) La Poste entend faire comprendre au gouvernement sa détermination à ne pas vouloir subir le même sort que GDF et à devenir une SARL. Cela aboutirait à la fermeture de nombreux bureaux de poste dans les municipalités rurales, et à l'arrivée d'agences postales communales où les employés postaux deviendraient progressivement des employés de la commune.


On peut s'attendre à ce qui s'est passé en Belgique ou en Hollande: une diminution drastique des bureaux de poste (au point qu'en Belgique, le nombre de bureaux postaux a été quasiment divisé par deux) qui conduit à un allongement des files d'attentes, et une augmentation du prix du timbre dans les zones les moins peuplées (comprenez: dans les zones rurales.)


La politique européenne intervient aussi dans le cadre d'une demande de la Commission européenne de Bruxelles d'ouvrir à la libre concurrence tous les secteurs, y compris celui de La Poste, dernier service public exclu de libéralisation jusqu'à aujourd'hui ( Le Nouvel Observateur du 23 juin 2008.) En 2008, la Commission européenne a estimé que le début de cette libéralisation devait commencé dans l'année 2009 et être achevée en 2011. Les employés sont dorénavant prévenus et savent ce qui les attend !

Sources: Le Nouvel Observateur, Le Monde, Le Figaro, AFP, Reuters.











France Télécom, "des paroles, des paroles, des paroles" (air connu)

Suite au 24ème suicide à France Télécom, son président Didier Lombard a annoncé la fin de la mobilité au bout de trois ans des cadres. "Opération de com' !" crient les syndicats. Pour ces derniers, cela est loin d'être suffisant : ils demandent la fin des restructurations, la fin de la pression du chiffre et de la compétition qui a amené le service public d'antan à un accroissement de la concurrence et de l'individualisme au sein même des équipes de France Télécom.

"Les promesses n'engagent que ceux qui y croient" nous dit le vieil adage, et les salariés de france télécom ne semblent pas croire à celles de leur P-DG. "Il faut bien qu'il dise quelquechose, il souffre d'un manque total de crédibilité depuis qu'il a parlé de "mode " du suicide, cela a signé la fin du soutien qu'il avait pu avoir des cadres et des employés" confie un cadre technique.

Même si les suicides s'arrêtent, le malaise semble être solidement enraciné dans l'entreprise. Les syndicats dénoncent le mal-être de leurs collègues. Dans plusieurs secteurs, on observe des choses navrantes: les personnes affectés au service-client avec leurs boites d'antidépresseurs à côté du téléphone, le stress des cadres techniques engendré par la peur de ne pas atteindre les objectifs fixés par leurs chefs, ou encore la phrase rituelle " je n'en peux plus," je me sens mal ici" des personnes nouvellement mutées et délaissées dans un service qu'elles ne connaissent pas encore. Autant de symptômes qui, s'ils ne se termine pas obligatoirement par le suicide, sont autant de preuves d'une mauvaise politique de gestion de l'entreprise où le facteur humain a été délaissé.


Si la gestion humaine ne change pas dans la multinationale, il y a fort à parier que la vague de suicides continuera de ravager l'image de l'entreprise et la vie de ses salariés.



Sources: Reuters, AFP, Le Post, France Info.

lundi 28 septembre 2009

France: Suicide à France Télécom: vingt-quatrième victime...





On déplorait à la mi-septembre le suicide de 23 personnes à France Télécom depuis le début de l'année.

Sur France 5, dans C'est dans l'air , on y entendait une psychologue du travail lire la lettre de l'un des salarié de l'entreprise disant qu'il serait peut-être la prochaine victime de ce cercle infernal. Peut-être est-ce cette personne, peut-être que non, en tout cas, ce n'est pas l'installation de cellules psychologiques en ligne qui résout le problème comme a pu le croire naïvement Didier Lombard le P-DG, qui semble aujourd'hui totalement dépassé par les évènements et même désavoué par de nombreux employés. Il fut accueilli dès son arrivée par une série de sifflets et d'invectives telles que "Lombard, démission, ça suffit" lors de son déplacement à en Haute-Savoie, à Alby-sur-Chéran, là où le 24ème salarié s'est suicidé en sautant d'un viaduc.

Beaucoup dise que cette crise profonde à France télécom est le résultat d'un changement trop rapide d'un service public à une entreprise presque privée. Ils ont en parti raison. L'Etat, même s'il est actionnaire majoritaire, ne possède que 26,7% du capital de l'entreprise, le reste appartient à des actionnaires institutionnels à 64,3%, et les salariés ne possèdent que 3,7% de l'entreprise. Mais s'arrêter à cela serait superficiel. La crise qui touche ici France Télécom est aussi dans le management des personnes: la philosophie de l'entreprise est la formation de jeunes cadres bardés de diplômes qui deviennent rapidement chef d'équipe à moins de trente ans, pour gérer des personnes souvent plus âgées qu'eux. Le choc des générations fait parti intégrante du processus. Les ordres viennent d'en haut et les chefs les appliquent. Le problème est celui de la réalité du terrain: "de nombreux objectifs sont impossibles à atteindre dans le temps voulu par les hautes sphères!" confiait un salarié. Cette coupure entre l'objectif désiré et la réalité est à l'origine d'une pression permanente où aucune soupape n'est prévue pour l'endiguer.

Si on s'intéresse au profil des personnes suicidées, on remarque que ces personnes ont environ 50 ans, sont bien notés et très investies dans leur travail. Mais une autre philosophie de France Télécom est à l'origine de ces suicides: le "Time To Move", ou comme la nomme ironiquement les salariés le "Tire -Toi Maintenant!" Sous ces formules se cachent l'idée du déplacement permanent. Le salarié doit être à l'image de son entreprise en matière d'innovation technologique: en constante mutation. Ainsi, tels des oiseaux migrateurs perturbés, les salariés sont poussés tous les trois ans à aller dans autre service alors que la saison de perfectionnement du domaine qu'ils occupent n'est pas achevée, sans explication. Plus radical encore, les DRH leur proposent un autre métier tout à fait dans leur compétence: charcutier ou encore gardien de prison.

L'aspect humain à France Télécom mérite de ne pas être oublié, ce dernier suicide pourra-t-il faire réagir très prochainement les acteurs de la société? L'urgence est là, et ils le savent.

Sources: Reuters, AFP, témoignages anonymes.