
On déplorait à la mi-septembre le suicide de 23 personnes à France Télécom depuis le début de l'année.
Sur France 5, dans C'est dans l'air , on y entendait une psychologue du travail lire la lettre de l'un des salarié de l'entreprise disant qu'il serait peut-être la prochaine victime de ce cercle infernal. Peut-être est-ce cette personne, peut-être que non, en tout cas, ce n'est pas l'installation de cellules psychologiques en ligne qui résout le problème comme a pu le croire naïvement Didier Lombard le P-DG, qui semble aujourd'hui totalement dépassé par les évènements et même désavoué par de nombreux employés. Il fut accueilli dès son arrivée par une série de sifflets et d'invectives telles que "Lombard, démission, ça suffit" lors de son déplacement à en Haute-Savoie, à Alby-sur-Chéran, là où le 24ème salarié s'est suicidé en sautant d'un viaduc.
Beaucoup dise que cette crise profonde à France télécom est le résultat d'un changement trop rapide d'un service public à une entreprise presque privée. Ils ont en parti raison. L'Etat, même s'il est actionnaire majoritaire, ne possède que 26,7% du capital de l'entreprise, le reste appartient à des actionnaires institutionnels à 64,3%, et les salariés ne possèdent que 3,7% de l'entreprise. Mais s'arrêter à cela serait superficiel. La crise qui touche ici France Télécom est aussi dans le management des personnes: la philosophie de l'entreprise est la formation de jeunes cadres bardés de diplômes qui deviennent rapidement chef d'équipe à moins de trente ans, pour gérer des personnes souvent plus âgées qu'eux. Le choc des générations fait parti intégrante du processus. Les ordres viennent d'en haut et les chefs les appliquent. Le problème est celui de la réalité du terrain: "de nombreux objectifs sont impossibles à atteindre dans le temps voulu par les hautes sphères!" confiait un salarié. Cette coupure entre l'objectif désiré et la réalité est à l'origine d'une pression permanente où aucune soupape n'est prévue pour l'endiguer.
Si on s'intéresse au profil des personnes suicidées, on remarque que ces personnes ont environ 50 ans, sont bien notés et très investies dans leur travail. Mais une autre philosophie de France Télécom est à l'origine de ces suicides: le "Time To Move", ou comme la nomme ironiquement les salariés le "Tire -Toi Maintenant!" Sous ces formules se cachent l'idée du déplacement permanent. Le salarié doit être à l'image de son entreprise en matière d'innovation technologique: en constante mutation. Ainsi, tels des oiseaux migrateurs perturbés, les salariés sont poussés tous les trois ans à aller dans autre service alors que la saison de perfectionnement du domaine qu'ils occupent n'est pas achevée, sans explication. Plus radical encore, les DRH leur proposent un autre métier tout à fait dans leur compétence: charcutier ou encore gardien de prison.
L'aspect humain à France Télécom mérite de ne pas être oublié, ce dernier suicide pourra-t-il faire réagir très prochainement les acteurs de la société? L'urgence est là, et ils le savent.
Sources: Reuters, AFP, témoignages anonymes.
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