mercredi 13 janvier 2010

Hommage et enterrement de Philippe Séguin, l'un des derniers "poids lourds" du gaullime social.


La disparition de Philippe Séguin, président de la Cour des comptes le 7 janvier dernier a suscité l'émoi et la surprise dans le monde politique, à droite comme à gauche. Il a été enterré aujourd'hui dans le Var à Bagnols-en-Forêt dans le caveau familial, ou repose sa mère depuis octobre 2009. Ses obsèques nationales ont eu lieu lundi à Paris aux Invalides en présence de sa femme Béatrice et de ses enfants ainsi que celles du chef de l'Etat et de nombreuses personnalités politiques toutes tendances confondues. De nombreuses chaînes de télévision ont retransmis en direct la cérémonie religieuse et l'éloge funèbre du président de la République dans la cathédrale Saint-Louis-Les-Invalides.

Tous ont rendu hommage à "un grand serviteur de l'Etat", "un homme exceptionnel" et "de convictions". Beaucoup de ceux qui l'avaient combattus étaient présents à ses obsèques pour ce "dernier claquement de porte" de celui que ces opposants surnommait "le Grizzli".,célèbre pour ses coups de colère. Le parcours de Philippe Séguin, surtout connu comme député-maire d'Epinal dans les Vosges, Ministre des affaires sociales de 1986 à 1988, puis Président de l'assemblée nationale de 1993 à 1997, est un parcours exceptionnel digne de la méritocratie française.

Que faut-il retenir de Philippe Séguin permettant de comprendre un tel hommage?

Né à Tunis en 1943, orphelin d'un père combattant dans les FFL, mort lors de la Libération en 1944, fils d'une institutrice, Philippe Séguin est un homme aux origines modestes qui, après son rapatriement en France, gravira un à un les barres de l'échelle sociales. Elève de Sciences Po puis de l'ENA, il n'en oubliera pas pour autant le milieu d'où il vient et l'importance de la voie sociale dans une démocratie moderne telle que la France. Le gaullisme social sera au coeur de son engagement politique, réunissant à la fois un patriotisme éclairé hérité de l'engagement de son père, un amour véritable de la nation et de réelles préoccupations sociales pour son peuple. Serviteur infaillible de l'Etat, il a su conserver tout au long de sa carrière à la fois son honnêteté et son intégrité, ce qui explique sans doute ses échecs répétés en politique, ne voulant jamais "tuer" politiquement ceux qui se mettait en travers de son chemin. Ce fut l'échec de peu au référendum de Maastricht de 1992, mais aussi aux européennes de 1999 et de la mairie de Paris en 2001.Il n'a jamais voulu non plus s'abimer dans diverses compromissions, ne supportant pas "l'abaissement" de la politique dont il avait une haute opinion. Ses idées gaullistes-sociales avaient fait gagné Jacques Chirac en 1995 sur le thème de la fracture sociale car le peuple les appréciaient. Ses colères en a fait frémir plus d'un jusqu'à l'ancien président Jacques Chirac qui en avait une peur quasi-physique.

Mal aimé du milieu politique parisien, très apprécié par les habitants d'Epinal et des Vosges qui ont mit en berne les drapeaux tricolores de la ville avec un ruban noir en signe de deuil, Philippe séguin était l'archétype d'un homme d'Etat n'oubliant jamais ses origines sociales, capable de très bons mots et d'arracher des larmes à ses auditeurs par ses discours qu'il raturaient sans cesse, soucieux de la justesse des mots qu'il employait. Il est presque surprenant de voir ses anciens adversaires rassemblés autour de son cercueil et de sa robe de magistrat désormais vide de la corpulence et de la bonhommie de son porteur dont le gros rire sourd et inimitable résonnent encore dans la tête de tous. Surprenant aussi sans doute, de voir à ces obsèques ceux qui ont utilisés ses idées pour gagner des élections mais ne pas les appliquer une fois au pouvoir. Philippe Séguin rassemblait par ses idées une partie de la droite par son patriotisme et une partie de la gauche par ses idées sociales. Finalement, n'est-il pas l'incarnation de ce à quoi les deux principaux partis de la vie politique française ont renoncé? C'est-à-dire une France libre et indépendante dans une Europe au service des citoyens avec un modèle économique permettant de sortir de ce que Séguin nommait le "Munich social" ? Lui qui souffrait ses dernières années de voir la France s'enfoncer dans des crises multiples: celle de l'Etat, de l'emploi, des banlieues, de l'école et qui rappelait, avec sa passion totale pour le football "la droite et la gauche sont deux équipes de foot sur le terrain mais le ballon a été confisqué, il est entre les mains des puissances de l'argent, à Bruxelles , à Francfort, et dans les multinationales."

Sa disparition soudaine est bien plus que celle d'un serviteur de l'Etat, c'est celle d'un symbole d'une République intègre, courageuse et de convictions.


Sources: AFP, La Croix, France 2, I-télé, Discours pour la France de P. Séguin de mai 1992 à l'Assemblée nationale.

mardi 8 décembre 2009

France: Lycée: Le gouvernement veut rendre optionnel l'Histoire-Géographie en Terminale S.

La réforme du lycée est de nouveau d'actualité! Un récente pétition d'une vingtaine de chercheurs, d'historiens et de géographes ont mis à jour dans le JDD, l 'un des pans de la réforme du gouvernement face à laquelle ces chercheurs s'inscrivent en faux: rendre la matière "Histoire et Géographie" optionnelle pour les élèves de Terminale Scientifique. Alors que le gouvernement a lancé début novembre un grand débat sur l'identité nationale, il est curieux de voir que ce même gouvernement prévoit un allègement d'une matière où l'on apprend non seulement l'Histoire du monde, mais aussi l'Histoire de France de 1945 à 2009.

Aussi bien chez les professeurs que chez les lycéens de la filières scientifique, cette annonce du gouvernement fait se lever un concert de critiques à l'unisson. Les professeurs y voient une mesure empreinte d' "utilitarisme à courte vue, qui se trouve en contradiction avec les objectifs proclamés du système éducatif français sur le plan de la formation intellectuelle, de l'adaptation au monde contemporain et de la réflexion civique des futurs citoyens". Cela, pour les professeurs est fait pour réduire sans nul doute les postes de professeurs au lycée au nom de la sacro-sainte doctrine du "non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux". Chez les élèves, c'est une "matière importante pour la culture générale qui disparaitrait", "une matière essebntielle qui permet aussi de comprendre l'actualité." On peut aussi noter que la filière S est de moins en moins scientifique et de plus en plus généraliste, car elle peut ouvrir beaucoup de portes. Selon une récente étude notée dans Le Télégramme (presse régionale bretonne) 51% des élèves de terminale sont en filière S. La mise en option de l'histoire-géographie priverait donc d'accès de nombreux élèves à d'autres études supérieurs que des études scientifiques. On pense notamment au concours de Sciences Po.

Il est d'autant plus étonnant que l'inspirateur de cette réforme ne soit autre que Richard Descoings qui est directeur de...Sciences Po Paris! Arrivé comme la cavalerie auprès de son ministre Luc Chatel, il explique qu'il y aurait une "hausse du temps" consacré à cette matière en première". Dans le même temps, il affirme qu'il souhaite, avec le ministre de l'Éducation, rendre plus généralistes les trois filières dès la première. A moins d'un doublement des horaires d'histoire-géographie en première, les professeurs voient mal comment assurer en première S l'enseignement de presque deux années de programme!

L'étonnement vient aussi des deux principales fédérations de parents d'élèves, la Peep et la FCPE. ces deux fédérations rituellement opposée par un clivage traditionnel respectif droite et gauche se sont alliées pour défendre la mise en option de l'Histoire-Géographie, dénonçant le "corporatisme" des professeurs davantage soucieux de défendre leurs heures de cours que l'intérêt des élèves. Le conflit de générations est on ne peut plus clair entre les parents et leurs rejetons entre la mise en congé d'une matière et sa défense pied à pied !

A la pétition de vingt chercheurs, se sont joints plusieurs hommes politiques: les dix-huits députés du Parti radical de Gauche (PRG) ainsi que des députés non-inscrits.

Sources: 20 minutes du 8 et 9 décembre 2009, Le Télégramme (9/12/2009), Reuters du 8 décembre 2009.

vendredi 20 novembre 2009

France: Réforme des collectivités territoriales.


"C'est parti" pourrais-t-on dire! La réforme des collectivités territoriales est en marche, proposée hier par le Premier Ministre François Fillon face aux maires conviés pour l'évènement. Nicolas Sarkozy, dont l'absence fut déploré hier dès l' arrivée du Premier Ministre à la tribune par des invectives telles que "Il est où Sarko?" avant et après le discours de présentation de la réforme des collectivités territoriales. Le président a en effet préféré aller voir le roi Abdallah d'Arabie Saoudite plutôt que d'affronter la vindicte des maires irrités par le flou enrobant la compensation de la taxe professionnelle (dont la mort programmée est imminente) qui rapporte plusieurs milliards d'euros chaque année aux 36 000 communes de France. Le Président Sarkozy a tenté de se rattraper en affirmant qu'il recevra aujourd'hui "plus de 700 maires à L'Elysée" pour "une séance de questions-réponses sur la fameuse réforme.

La réforme ne concerne pas uniquement la suppression de la taxe professionnelle, source importante de revenus pour les communes. Elle concerne "le mille-feuille administratif et territorial à la française". Si en effet, le découpage territorial mène à un enchevêtrement terrible des niveaux de compétences et à une confusion complexe des attributions de fonds, le gouvernement prévoit de" faire le ménage" en supprimant le niveau de compétences entre le département et la commune et en le mettant au niveau des collectivités de communes et du département. On imagine facilement le pourquoi de la colère des maires dont le rôle sera immanquablement diminué dans les communes les moins importantes. Surtout que les élus locaux, dont le gouvernement prévoit la suppression de 5000 à 6000 d'entre-eux jouissent d'une grande admiration dans les communes auprès des citoyens car ils sont les acteurs des changements les plus visibles. Personne en revanche ne conteste qu'une réforme soit nécessaire.Mais la question est toujours la même quand on réforme: "comment réforme-t-on?"

Le président et le gouvernement en ont décidé ainsi: on rajoutera un autre niveau de compétence: la métropole, de même qu'on créera le poste de responsable des collectivités de communes, en même temps qu'on va supprimer les postes de plusieurs personnes assurant le fonctionnement des communes... En même temps qu'est voté la suppression de la taxe professionnelle, on rajoute donc un autre niveau de compétence assez flou. La taxe professionnelle en moins, assurée d'être remboursée seulement pendant la première année laisse les élus locaux et les maires face à un dilemme: réduire terriblement leur dépenses pour les communes ou faire monter les impôts locaux pour financer de nouveaux projets. "La politique, c'est d'avoir le choix entre plusieurs inconvénients" rappelait Pompidou en 1972. Le gouvernement Fillon l'exprime ici avec brio en mettant les maires et les élus face à un choix on ne peut plus difficile...

Et s'il ne s'agissait que de cela! Les maires s'inquiètent d'un autre volet de cette réforme: le transfert de compétences qui dans certains cas amèneraient les maires des plus petites communes à perdre certaines prérogatives en matière de décision (notamment budgétaires) au profit d'élus de collectivités de communes...

L'inquiétude des députés-maires à l'assemblée nationale ne rend pas ce sujet anodin. De même, la fronde de vingt-cinq députés menée par Jean-Pierre Raffarin a tenté de faire blocage au projet de loi sur les collectivités territoriales. Mais cette fronde s'est étiolée après un passage du chef des frondeurs à l'Elysée... Cette réforme a aujourd'hui toutes les chances de passer au journal officiel.

Sources: Le Figaro, Reuters, AFP.

mercredi 11 novembre 2009

France: Economie: Le Grand Emprunt en débat au gouvernement...

La commission chargée de la mise en place du grand emprunt, coprésidée par les anciens Premiers Ministres Michel Rocard et Alain Juppé, vient de rendre son avis sur le montant du grand emprunt: le montant sera donc de 35 milliards d'euros, "en deux fois", précise Michel Rocard.

En levant le voile sur le montant du grand emprunt voulu par la majorité présidentielle, la commission Rocard-Juppé met fin aux petites querelles internes de la majorité présidentielle où l'on désirait comme Henri Guaino 100 milliards d'euros d'emprunt ou comme le président de la République lui-même, 25 milliards d'euros. Une autre annonce est capitale dans ce dossier: la non-participation des particuliers au grand emprunt, celui-ci ce fera sur les marchés financiers que cela est fait très souvent par l'Etat sous la Vème République. Comme Michel Rocard l'a rappelé, "la France emprunte chaque année entre 250 et 300 milliards d'euros sur les marchés. « Pourquoi les particuliers en sont alors exclus? » Réponse de la Commission: il faudrait attirer les particuliers avec un taux d'intérêt supérieur, « ce qui coûte plus cher et ne vaut pas le coup » rajoutent messieurs Rocard et Juppé.

La véritable question est bien sûr: "à quoi tout cela va-t-il servir ?" Selon la commission qui a remit son rapport aujourd'hui à l'Elysée pour les "investissements de l'avenir", il s’agit de doper la compétitivité de la France dans la globalisation par la croissance en investissant dans la recherche qui pâtit depuis des années d’un manque flagrant d’investissement de la part des pouvoirs publics, et notamment dans « les sciences du vivant, les énergies renouvelables, les mobilités futures dont l’aéronautique.» Parmi les 35 milliards d’euros, 16 milliards iront donc dans l’enseignement supérieurs et la recherche. Les experts entendent aussi privilégier l’économie numérique et l’innovation au sein des PME.


Pour quérir les capitaux nécessaires à ces financements, l’AFT (Agence France Trésor) devra demander aux entreprises du CAC 40 de lui envoyer des fonds avec leur bénédiction pour réaliser de tels projets. Déjà, certains à droite comme à gauche dénonce ce « mini-grand emprunt » qui ne serait pas suffisant pour tirer la France du bourbier économique et social dans lequel elle se trouve actuellement. 35 milliards d’euros d’emprunt peut sembler ambitieux pour un pays moyen de la zone Euro, mais peut-être pas suffisamment pour une puissance comme la France, qui tient à son rang de prestige dans l’Europe des 27. Il ne faudrait pas en effet que la France rate le coche de la reprise économique et reste à la traine derrière ses voisins européens que sont le Royaume-Uni et surtout l’Allemagne. De même, il est impératif que ce grand emprunt serve les intérêts des Français pour la préparation de leur avenir lorsque la reprise –qui se fait attendre- sera de retour.


Hors grand emprunt, la dette du pays est de 1134 milliards d’euros et devrait augmenter de 85 milliards d’euros d’ici 2010. Il est donc plus qu’urgent que le grand emprunt soit un déclencheur ambitieux de la croissance future et non un creuseur de la dette publique. Bientôt, Nicolas Sarkozy devra annoncer les secteurs retenus et les contours de l’emprunt, la commission n’ayant qu’un avis consultatif. Espérons que le président Sarkozy saura faire un choix juste et audacieux quant au montant du grand emprunt et au choix des domaines d’investissement, bien que ce plan aurait pu être fait après l’arrivée de la crise en Europe...


Sources : AFP, Reuters, Direct matin, Lyon Plus, 20 minutes.

France: politique, Charles Pasqua fera ses "révélations" demain.

Charles Pasqua est de retour "aux affaires"! L'ex-ministre de l'Intérieur et actuel sénateur des Hauts-de-Seine est condamné à trois ans de prison ferme dans l'affaire de "l'Angolagate", qui implique une vente d'armes illégale à l'Angola dans les années 1990. Depuis que cette sentance est tombée, ce "vieux roublard de la politique" comme il est parfois surnommé, ne cesse d'appeler -à la radio et sur les plateaux-télé- à la levée du Secret-Défense, qui pour l'instant, selon lui, protège certaines personnalités politiques. Une façon à peine voilée de dire qu'il n'est pas le seul dans le scandale de la vente illégale d'armes à l'Angola...

Charles Pasqua va encore plus loin en nommant même ceux qui seraient protégés par le Secret-Défense et qui sont pourtant en plein démélé judiciaire ou qui viennent tout juste d'en sortir, c'est-à-dire Jacques Chirac et Dominique de Villepin. c'est à eux que Pasqua promet de "rafraichir la mémoire" car il ne veut pas être "le seul à tomber".

Dès demain, Charles Pasqua sera présent dès 15h00 au Palais de justice, où dit-il, il apporte "des preuves matérielles" de l'implication de l'ancien président de la République et de l'ancien Premier ministre dans cette affaire. A n'en pas douter, si les affirmations de Charles pasqua sont exactes, de nombreuses révélations en cascade devraient venir tâcher la réputation de ses deux anciens collaborateurs.

La Chiraquie, qui n'a pas su avoir d'héritier présidentiable, est maintenant entrain de s'autodétruire sur ses propres vestiges. Si Dominique de Villepin, qui vient de sortir sans trop de casse de l'affaire Clearstream, est trop impliqué dans l'affaire de l'Angolagate, alors ses rêves d'espoirs pour s'opposer à Nicolas Sarkozy en 2012 ont toutes les chances d'exploser en vol. C'est un tragédie politique pour ceux qui la vive. Une tragédie chiraquienne. Et nous sommes peut-être au dernier acte...

Sources: France-Soir, AFP, Reuters, L'Express.

France: Politique, Jacques Chirac ira bien au tribunal.


Dans une interview exclusive donnée au journal quotidien Le Figaro, l'ancien président de la République a annoncé son intention de se rendre au tribunal, suite à son renvoi en correctionnel par la juge Xavière Siméoni, pour s'expliquer sur vingt-et-un emplois de la Mairie de Paris, qui pourraient être fictifs. L'ex-président assure qu'il dira "la vérité" pour "cette page soit définitivement tournée". Récemment félicité par Nicolas Sarkozy en personne pour la fondation qui porte son nom, Jacques Chirac se retrouve une fois de plus mélé à une affaire judiciaire qui n'avait pas pu aller à son terme à cause de ses douze années d'immunité en raison de ses deux mandats présidentiels.

L'affaire de la mairie de Paris du temps où Chirac en était le maire a connu beaucoup de soubresauts: plusieurs fois arrêtée et relancée, elle semble aujourd'hui arriver à son terme après plus de vingt ans de tribulations politico-judiciaires. C'est une première, malgré tout dans l'Histoire de la Vème République qu'un ancien président est assigné en justice et sera peut-être condamné pour des faits qui se sont déroulés avant sa présidence.

Seul l'avenir des prochains mois nous dira si oui ou non, un ancien président de la république française peut être condamné malgré le prestige de son ancienne fonction qui peut servir de bouclier!

Sources: Reuters, le Figaro, AFP

mercredi 28 octobre 2009

Sarkozy, l'agriculture, la terre, les aides, les prix et..Bruxelles


C'est donc dans le Jura que fait escale le président de la République pour parler aux agriculteurs, qui manifestent depuis la rentrée, surtout dans le domaine laitier, contre la hausse des prix qui fait qu'ils vendent désormais à perte et ne peuvent plus vivre raisonnablement de leur métier. Mais le problème agricole s'étend à presque toutes les filières : de la viande au lait en passant par le vin, la pêche et les fruits & légumes, c'est tout un pan de notre agriculture qui dépérit petit-à-petit, lentement mais sûrement...

Bruno Lemaire, ministre de l'agriculture, avait récemment annoncé que l'Union Européenne avait débloqué plusieurs millions d'aide pour l'agriculture française dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC). Cela n'a pas eu d'effet sur le mécontentement manifeste des agriculteurs et surtout des producteurs de lait qui ont déversé des litres de lait sur les CRS et dans les rues de la capitale française et européenne. Cette manifestation fut relayée ail y a quelques jours par les autres filières agricoles. La promesse de Nicolas Sarkozy d'un milliard de prêts bonifiés et de 650 millions d'euros d'aides risque elle aussi de faire... chou blanc.

Etant un habitué des messages plus ou moins discrètement envoyés à ses ministres et à son électorat, le président de la République a fait d'une pierre deux coups en affirmant son attachement à la terre et "le lien charnel qu'a la France avec son agriculture, qui est un élément de notre identité nationale". Une façon comme une autre de soutenir le "vaste débat" que veut lancer son ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Dévelopement solidaire, Eric Besson.

Plus concrètement, on assiste à une véritable myopie du pouvoir politique. Que ce soit Michel Barnier ou Bruno Lemaire ou encore Nicolas Sarkozy, aucun ne semble comprendre le monde agricole rural, pourtant parti intégrante de l'électorat de droite depuis fort longtemps. Loin d'un Jacques Chirac qui restait des heures au Salon de l'agriculture de Paris ou qui arrosait les agriculteurs de subventions en Corrèze du temps où il était député sous Pompidou, en 1971. La droite parlementaire semble avoir oublié cet électorat fidèle en se rapprochant de plus en plus du CAC 40 et de la finance mondialisée, perdant le sens de la réalité terrestre. Les agriculteurs ne veulent pas mourir ou survivre en devenant les fonctionnaires du monde rural avec des subventions de la PAC. Ils aspirent à pouvoir de nouveau à vivre du fruit de leurs efforts et de la terre.

Ce n'est que lorsque la droite UMP aura compris cela que ses rapports avec le monde agricole se détendront.


Sources: Reuters, France Soir, Le Figaro.